RETROSPECTIVE SUR SERMOISE ET LA LOIRE

par M. DESBARATS, président de LA SERMOISIENNE

 

La  Communauté d'Agglomération de NEVERS (ADN) a élaboré en 2004 un contrat de développement dont l'un des axes comprend l'étude du risque d'inondation sur son territoire.

 

La commune de Sermoise sur Loire est particulièrement exposée à ce risque de débordement de la Loire. La turbulence du fleuve est connue de temps immémoriaux.

 

Dans un ouvrage édité en 1623, après la mort de son auteur, le célèbre chroniqueur Guy COQUILLE constatait que "cette rivière qui apporte plusieurs commodités, apporte aussi grands dommages par les inondations, parce qu'elle n'est retenue de rives hautes naturelles" et "aussi fait grand dommage par son inconstance, car étant sablonneuse et les rives étant en terre légère, elle change souvent son cours et son profond, jetant grande quantité de sable où souloit être le profond et faisant le profond où souloit être le sable".

 

Dans son style particulier et dans le français d'époque, Guy COQUILLE, Seigneur de ROMENAY, reprenait des observations faites mille ans avant lui par l'évèque et historien Grégoire de TOURS, qui relatait les crues ligériennes du VIème siècle.

 

Mais autrefois, les inondations ne causaient qu'un moindre mal, car l'habitat était généralement situé hors des terrains inondables. Il y avait bien quelques inconvénients pourtant, ne serait-ce que pour les cultures ou l'élevage.

 

Ce fut au milieu du XVIIème siècle que l'on commença à s'occuper d'essayer de contenir les plus hautes eaux par des digues, levées de terrains.

 

En ce qui concerne SERMOISE , il fallut attendre 1767 pour voir construire la digue qui, partant des abords du Crot de Savigny et longeant l'actuelle D13, rejoint l'ancienne nationale 7. Cette digue de Sermoise venait compléter la chaussée surélevée de SAINT ANTOINE, qui livrait passage dans la vallée entre NEVERS et PLAGNY. Le dispositif ainsi réalisé assurait aux terrains ainsi entourés une protection contre des crues moyennes. Cependant, les très fortes crues se sont jouées de ces obstacles, notamment en 1846, 1856 et 1866.

 

Les écrits relevés sur le registre des délibérations du Conseil municipal de SERMOISE montrent que le problème de la défense contre les invasions de la Loire a toujours été un sujet de préoccupation pour les Sermoisiens. Comme nous l'avons noté, il n'était alors envisagé que de parer localement aux dégâts. Mais la difficulté de contribution au financement des travaux à effectuer paraît n'avoir été levé que lorsque le problème s'est posé avec une acuité accrue.

 

Le 15 juillet 1838, le Conseil municipal, invité par Monsieur le Préfet à voter des fonds pour la réparation de la levée de SERMOISE, déclare ne pas disposer de la ressource suffisance, mais "d'après le voeu du Conseil Municipal, Monsieur le Maire est prié de faire courir une souscription pour réunir les fonds nécessaires".

Commentaire : La crue de 1825, dernière crue d'importance notable avant l'année 1838 ne paraît pas avoir spécialement alerté les élus sermoisiens. Il n'est relevé aucun compte-rendu de délibération sur le sujet. Tous au plus avait-il été consigné, par la suite, lors d'une séance du 2 août 1835, qu'un "renard" s'était formé dans la levée de SERMOISE.

 

 

A la date du 10 janvier 1847, le Conseil, réuni sous la présidence de Monsieur GRILLOT, Maire, expose que : "la commune de SERMOISE se trouvant dans une position exceptionnelle par suite des pertes qu'elle a éprouvées suite à la crue du 19 août dernier et n'ayant aucune ressource par elle-même, ne peut s'imposer extraordinairement  ni voter un emprunt". Tout ce qu'elle peut faire, "c'est disposer des fonds libres qu'elle possède, soit la somme de 260 francs pour venir au secours des malheureux".

Le Conseil "prie Monsieur le Préfet de prendre en considération la position de la commune de SERMOISE".

 

Commentaire :

1 - Selon un document édité sous le titre "INONDATIONS DE 1846", par une maison d'édition parisienne "La Loire et la Nièvre, confondant leurs flots, ne formaient qu'un lac immense... et dont la nappe formidable s'étendait jusque sur les hauteurs de Plagny"... "On n'évalue pas à moins de SIX CENTS le nombre de personnes recueillies (par des bateaux, de maison en maison)". Auteur : H. BERGER.

 

2 - Pour SERMOISE, le plan cadastral de la commune, dressé en 1835, donc à une date assez proche de l'événement, nous permet d'essayer de faire une évaluation plus mesurée des sinistres de la commune. Sur ce cadastre, on compte sur le terrain sermoisien environ 18 constructions de tailles diverses dont vraisemblablement une ferme sur le lieu Pierre Pointe et au Clos Ry le château et ses dépendances.

 

3 - Les différentes études faites rapportent qu'il y eut en 1846 rupture de la levée de SERMOISE (comme d'ailleurs en 1856 et 1866).

 

 

Le 13 juillet 1856.

On relève sur le registre des délibérations du Conseil de SERMOISE, l'inscription de résultats d'une souscription ouverte en faveur des inondés :

 

MM le Duc de Périgord :

500 F

GRILLOT, Maire :

10 F

DOMINIQUE : 5 F
GIRAUD : 20 F
BESSON : 5 F
DELAPEROTIER : 5 F
 
545 f

 

Le 23 novembre 1856.

Le Conseil municipal de SERMOISE expose à Monsieur le Préfet que "les dernières inondations qui ont interrompu la communication entre SERMOISE et NEVERS ont été cause que malgré la dépense faite sur le chemin vicinal n°2 qui s'est trouvé la seule voie de SERMOISE à CHEVENON... ce chemin n'est plus viable" et prie Monsieur le Préfet "de venir au secours de commune pour rendre ce chemin viable" demande également "que le contingent de commune pour l'entretien du chemin n°13 soit réduit" car "la commune et les propriétaires ont fait de gros sacrifices pour l'établissement de ce chemin (sacrifices) qu'ils croyaient devoir cesser."

 

Commentaire :

1 - Il s'agit ici de la crue des 31 mai et 1er juin 1856.

2 - On constate que les inondations ont des conséquences indirectes. Le chemin vicinal n°2, resté la seule voie disponible vers le sud et l'est, a été selon le Conseil soumis à un trafic excessif qui a précipité sa dégradation.

 

 

Le 21 novembre 1869.

Le Conseil municipal assemblé sous la présidence de M. DELAGRANGE, Maire, décide de demander à Monsieur le Préfet "qu'on veuille donner suite au projet d'exhausser et fortifier la levée de SERMOISE, comme elle a été commencée après la crue de 1866". Et il ajoute "les habitants intéressés sont prêts à donner la subvention demandée par le Gouvernement".

 

Commentaire :

1 - La crue du 27 septembre 1866 reste la crue de référence (la plus importante enregistrée). La levée de SERMOISE s'était rompue, de même que la levée entre les deux ponts de la Loire (plateau de la Bonne Dame).

2 - En ce qui concerne la levée, les proportions prises par la crue semblent avoir changé l'état d'esprit de la population et partant du Conseil qui paraît devenir demandeur.

3 - Concernant les méfaits de la crue, il faut penser que la population de SERMOISE a augmenté entre 1846 et 1866 d'environ 300 âmes et que vraisemblablement, la zone inondée était à population plus dense qu'en 1846.

   

                

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